Projet pastoral : Quelques propositions de pistes pastorales...


Thème pastoral

« Deviens ce que tu es* »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?

Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

Il est comme une graine de moutarde :

quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences.

Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ;

elle devient si grande que les oiseaux du ciel peuvent y faire leur nid à son ombre. »

(Mc 4, 30-32)

* repris par St Augustin qui exhorte les chrétiens à se rapprocher le plus
possible de ce qu'ils sont vraiment, c'est-à-dire des enfants de Dieu



Objectifs

S’inscrire dans la continuité du thème pastoral « être » de l’an dernier.

Devenir ce que l’on est, c'est devenir tout ce que l’on peut être. C'est se libérer d'une idée de soi-même, c’est vouloir se dépasser pour essayer d’aller au bout de ses désirs, au bout de ce qui nous anime au plus profond de nous-mêmes.

Devenir tout ce que l’on peut être, c'est se considérer comme un « être en projet/en devenir » qui se découvre progressivement au cours de son existence : qui suis-je ? où suis-je ? où vais-je ? etc. C’est découvrir sa vocation, afin de vivre sa vie comme une trajectoire personnelle et qui a de la valeur (« parce que tu as du prix à mes yeux et je t’aime » Is 43, 4).

Faire un état des lieux de ses aptitudes et dons qui sont aussi uniques que les empreintes digitales : c’est constater l’être singulier que l’on est, imprégné d’un Mystère que échappe à toute connaissance objective (Ps 139)

Faire confiance à l’autre, au Tout-Autre qui nous devance. Croire en Quelqu’un : privilégier la relation sur les habitudes cloisonnantes. Se rendre compte que l’on a besoin des autres (de l’autre et du Tout-Autre) pour se dépasser soi-même et être totalement révélé(e).


Pistes de réflexion

Comme une plante qui grandit en partant de l'état de graine, nous sommes faits pour nous développer dans la ligne de ce que nous sommes en profondeur et ce développement de notre personne nécessite plusieurs conditions :

Proposer des moments de relecture :

Accepter de se laisser surprendre en réalisant des choses qu’on ne se sentait pas capable de faire, de se réjouir de ses succès et d’apprendre de ses échecs, de prendre le risque de faire différemment de ses habitudes, de croire au-delà des croyances et des a priori. C’est avoir soif de se découvrir toujours « plus », à l'infini, attiré par l'Amour et la Vérité dont nul ne peut faire le tour.

Privilégier la relation : on devient d'autant plus quand on se tourne vers les autres. L'interaction avec un autre/le Tout-Autre éveille en soi des richesses cachées à partager et qui me font « être » ce que je suis, vraiment. C’est apprendre à être en relation, en faisant des choix : en posant des « oui » et des « non » de vie. Pour les croyants, c’est devenir à l’image et à la ressemblance de Dieu.



Par quels moyens ?



Réactions des élèves à ce thème pastoral



« Devenir soi-même : un défi à tout âge, devenant, vivant, une aventure passionnante ! »
     Un article d’Evelyne Frank

Les sociologues nous le disent, l’une des caractéristiques de notre époque, c’est qu’elle nous rend responsables de ce que nous sommes et de ce que nous devenons en nos choix affectifs, professionnels, relatifs à l’alimentation, notre santé, nos finances, notre retraite. C’est grisant, c’est aussi stressant. Il semblerait que le burnout et la dépression trouvent souvent leur origine en cette injonction. Il y a là, de fait, un défi à tout âge. Qui le relève avec le Vivant découvre bientôt que c’est une aventure passionnante, dans laquelle Dieu s’engage à nos côtés mais nous laisse vraiment prendre notre autonomie.

Un défi à tout âge

Les entraves sont là dès la naissance où l’on se penche sur le berceau du tout petit pour dire qu’il ressemble à un tel, une telle. Puisse-t-il surtout ressembler à lui-même !

Puis il s’agit d’advenir dans la fratrie alors que l’on est impressionné par un autre, brillant, ou que l’on est solidaire d’un autre, touché par le handicap, au point de ne plus oser aller soi-même de l’avant.

Jeune adulte, il nous faut nous trouver, différent du père et de la mère, ou du grand-père, ou de l’oncle qui a réussi, les quittant tous pour de bon, ce qui n’est fait pas tant qu’il y a révolte.

Parent, c’est difficile de parvenir à vivre par et pour soi-même, sans se projeter et se fondre en ses enfants.

Les forces déclinant, les aînés sont devant de redoutables angoisses. Les commerciaux de la silver-économie comptent, à juste titre, cinq vieillesses successives à traverser. Cela sera, en restant bien soi-même tout en devenant autre, cela sera quel que soit notre état, cela sera et en beauté malgré tout, si, sans laisser nos enfants, l’Etat, les lobbies, la peur, la maladie et les douleurs décider à notre place, nous avons un projet pour chacune de ces vieillesses, un projet personnel c’est-à-dire non en adéquation avec ce qui se dit ou se fait mais avec celui/celle que nous sommes et avons à devenir, un projet aussi ambitieux que quand, adolescents, nous rêvions grand.

Tout au long de l’existence, à répétition, il nous faut enfin sortir des images : des images que les autres - nos parents et nos enseignants ; nos frères, soeurs et cousins ; nos copains- ont eues de nous ; des images que les autres –conjoint et amis ; collègues, supérieurs hiérarchiques - ont de nous ; des images de l’idéal du moi c’est-à-dire des images qui nous semblent correspondre à celui ou celle que nous avons à être, conformément à ce qu’on attend de nous ; des images de film, clip ou roman qui nous font rêver ; des images publicitaires. C’est difficile parce que l’image est souvent tellement introjectée que nous n’avons plus conscience d’être pris et annulé en elle.

Très difficile aussi, il y a tout le travail à faire pour quitter les malédictions anciennes. Il s’agit de ces paroles qui tuent : « Bouboule ! » ; « Tu pompes de l’air » ; « Quel fainéant ! » ; « Tu n’es pas une femme ! » ; « Incapable ». C’est difficile de se secouer de l’effet sidérant de ces paroles, de désactiver les mécanismes répétitifs qu’elles ont mis en place, de casser le cercle infernal dans lequel elles nous ont enfermés et continuent de nous enfermer. Et il est encore plus difficile de nous sevrer de ce curieux plaisir de l’autodestruction qu’elles ont induit. C’est difficile mais nécessaire, vital !

Dieu soutient voire promeut l’ambition de devenir soi

C’est bien ce que Dieu, Lui qui est « Celui qu’il est » Ex 3, 14, espère de nous. Il soutient voire promeut notre ambition d’une vie ayant de l’allure.

Il insiste dans la Genèse puisqu’il répète : « Vas-t-en pour toi ». Oui, c’est bien cela : « pour toi ». Nos traductions, en général, escamotent le « pour toi », pourtant si stimulant. Le Vivant le dit à Abraham à son entrée dans la vie d’adulte Gn 12, 1 et quand il est père Gn 22, 2. Autrement dit, l’homme doit oser se différencier et de ses parents, et de ses enfants. Parce que nous nous méprenons sur le sens de l’expression, le rêve divin à notre égard peut sembler vertigineux : « Soyez parfaits » Mt 5, 48, est-il écrit. Mais ceci signifie simplement : « Soyez faits jusqu’au bout, allez jusqu’au bout de votre développement personnel ». Ce n’est rien d’autre qu’être adulte, puisqu’étymologiquement l’adulte est « celui qui a grandi jusqu’au bout ».

L’adulte ne quémande pas x autorisations, il n’ouvre pas le parapluie, il supporte de traverser la culpabilité. Alors Dieu nous invite à nous autoriser à …, sans chercher caution chez lui. C’est net : « Pensez donc par vous-mêmes, vous en êtes capables » Mt 16, 2-3. Alors, notre « Que ta volonté soit faite » du Notre Père ne consiste plus à se torturer les méninges pour essayer de deviner ce que Dieu, dans son mystère insondable, veut que nous fassions. C’est, avec fierté : « Que je fasse ce que tu peux ratifier, mon Dieu ! »

La Parabole des Talents permet d’entrevoir le souhait de Dieu : que les serviteurs deviennent autoentrepreneurs. En effet, à bien lire ce récit comme le fait Marie Balmary dans son ouvrage Abel ou la traversée de l’Eden, on découvre que les talents ne sont pas prêtés mais donnés par le Maître. Dans une autre parabole, celle du Prodigue en Lc 15, le Père est tout déçu non par son fils mais par le fait que son fils aîné continue de se percevoir comme un gamin, ne prenne pas la place de maître de maison que lui a laissée le père, ne prenne pas sa stature.

Dieu s’engage à nos côtés

Les Ecritures disent que la Vie, si nous choisissons d’oser aller avec elle, ne nous laisse pas démunis. Certes, c’est nous qui rêvons, et qui rêvons grand parce que notre existence sera à la mesure de ce que nous aurons osé rêver, c’est nous qui luttons pour mette en oeuvre, c’est nous qui tenons dans les découragements, c’est nous qui perdurons dans l’adversité. Mais Dieu, sans se substituer à nous et sans jamais se faire magicien ou Père Noël, agit aussi.

Une boussole nous est donnée : notre nom à lire et comprendre et faire et incarner. Une annonciation est là pour chaque vie dans notre vie, tant il est vrai qu’avec les progrès de la médecine chacun vit plusieurs vies en une seule. Les Ecritures murmurent avec insistance que Quelqu’un se porte incognito à notre rencontre et propose et encourage, ceci tout particulièrement quand c’est la fin, pour en faire, avec nous, si nous le voulons, un commencement nouveau.

Le Christ réintroduit du jeu, dans tous les sens du terme, au coeur de nos existences : « On vous a dit que… ; moi, je vous dis… » Mt 5. Là où c’est coincé, il redonne de bouger, comme la clef dans la serrure, ce qui permet justement d’ouvrir ; et là où il n’y a plus que des stéréotypes, il réveille l’imaginaire, dans lequel, enfant, nous préparions ce que nous ferions de plus fécond plus tard, adulte.

Car notre Dieu dissout le karma selon lequel une vie conditionne une autre vie. Il défait le « mektoub », « c’est écrit ». Il ruse avec les déterminismes de toutes sortes, génétiques, économiques et sociaux. Il remet la dette qui troue l’estomac et use le coeur.

Il se fait ici net : « Sors de ta tente » Gn 15, 5. Autrement dit, selon ce que comprennent les juifs ( Elie Munk : La voix de la thora, tome La Genèse, Paris, Fondation Samuel et Odette Lévy, 1981), qui nous précèdent dans la lecture de la Bible : « Tu as vu dans les étoiles que tu n’aurais pas d’enfant, que tu ne serais pas ton nom, que tu ne serais pas le père d’une multitude, que tu ne serais pas Abraham, et c’est juste. Mais avec moi, tu auras un enfant et tu deviendras Abraham quand même ! »

Quant à la malédiction qui nous a ensorcelés, elles affirment que le Vivant se fait notre allié pour la défaire, ici encore si nous le voulons, et, en la place-même de cette malédiction, mettra la bénédiction en surabondance, au point que nous deviendrons nous-même bénédiction !

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Puissions-nous, quels que soient notre âge et notre situation, nous mettre en projet et pousser avec Dieu ce projet aussi loin que possible. Ce sera, en dépit des épreuves, passionnant ! Qui plus est, ceci nous permettra de laisser nos enfants vivre leur propre aventure.

Alors, puissions-nous, dans l’année, dans nos journées ou notre semaine, protéger un moment pour nous, pour le soin de soi, pour les pensées un peu folles et les rêves audacieux. Puissions-nous nous accorder le droit d’être autre que ce que l’on a prévu pour nous. Puissions-nous nous autoriser à être différent des nôtres, des voisins, des collègues, de tout le monde, et même de celui que nous avons été jusqu’ici, ceci toujours dans une grande fidélité à soi.

La Vie sourira à notre volonté de ne pas céder sur notre désir.




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